« L’Innocent », de Louis Garrel : La comédie-polar rafraîchissante de l’automne

Ma critique en version sonore dans ce podcast !

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Pour son quatrième long-métrage en tant que réalisateur après La Croisade (2021), Louis Garrel se retrouve une fois de plus devant la caméra, dans la peau du héros. Il livre une comédie-polar aux accents sentimentalistes, sans jamais verser dans la niaiserie. Un film drôle et touchant, tout simplement.

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Quand Abel (Louis Garrel) apprend que sa mère Sylvie (Anouk Grinberg) est sur le point de se marier avec un homme en prison, il panique. Le jeune homme va tout faire pour essayer de la protéger, avec la complicité de sa meilleure amie, Clémence (Noémie Merlant)… Mais la rencontre avec Michel (Roschzy Dem), son nouveau beau-père, ne se passera pas comme prévu.

Vous allez rire. Non, vraiment, vous allez rire. Pas forcément éclater de rire, juste rigoler. Tout simplement. De temps en temps. Du début à la fin du film. Et si nous ne riez pas, vous allez sourir. Souvent… Très souvent. L’Innocent est un film drôle : il contient des dialogues ciselés, des blagues d’une grande finesse, et enchaîne les comiques de situation. Mais le long-métrage de Louis Garrel ne se limite pas au seul genre de la comédie : il est un mélange de polar, film de braquage et comédie romantique. Surtout, derrière toute cette légèreté, le réalisateur-acteur arrive à traiter un sujet intime.

L’Innocent est en effet un film très personnel, presque autobiographique, puisque la propre mère de Louis Garrel (Brigitte Sy) a animé des ateliers de théâtre en prison et s’est mariée avec un prisonnier. Louis Garrel a longtemps côtoyé les détenus durant son adolescence. Mais ça, on ne pouvait pas le deviner en voyant le film, seulement en se documentant après… Cela prouve bien que le cinéaste parvient, malgré tout, à garder une certaine distance par rapport à sa propre histoire.

Louis Garrel et Noémie Merlant © Emmanuelle Firman

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Dans L’Innocent, deux éléments deviennent des personnages à part entière. Tout d’abord, la musique de variété occupe une place très importante dans le film (la chanson Nuit magique de Catherine Lara résonne encore dans notre tête). Ces tubes des années 80 renvoient à la jeunesse de la mère d’Abel, et donnent au long-métrage toute sa couleur et son identité. La prochaine fois que l’on entendra l’une de ces chansons, on l’associera automatiquement à L’Innocent de Louis Garrel. Deuxième « personnage » à part entière : la ville de Lyon, choisie comme décor du film. Les spectateurs lyonnais se plairont à reconnaître les rues et quartiers de leur ville, tandis que les non-Lyonnais pourront découvrir d’autres espaces que ceux de Paris, lieu de tournage habituel de Louis Garrel.

Dans L’Innocent, le genre polar est bien maîtrisé, ce qui rend le sujet du film très réaliste. Pas surprenant quand on sait que pour écrire le scénario, Louis Garrel a notamment été aidé par Tanguy Viel, un écrivain de romans policiers. Le réalisateur a aussi choisi de faire jouer un ancien détenu dans son film (Jean-Claude Pautot), qui a d’ailleurs donné des indications à l’équipe pour la scène de braquage. Pour cette même scène, Louis Garrel utilise la technique du montage alterné, ce qui renforce l’immédiateté de la situation, et donc, l’aspect réaliste de l’histoire.

L’autre grand atout de L’Innocent : le duo Louis Garrel-Noémie Merlant, qui fonctionne à merveille. Le premier dégage un humour naturel. Il l’avait déjà démontré dans ADN de Maïwenn, et semble avoir voulu explorer davantage ce trait de personnalité. Concernant Noémie Merlant, on était plutôt habitués à la voir dans des rôles dramatiques (Portrait de la jeune fille en feu, 2019). Hormis deux ou trois comédies, dont Le Retour du Héros (2018), ce genre reste nouveau pour elle… Aucun problème : elle est toujours aussi performante.

Louis Garrel et Anouk Grinberg © Emmanuelle Firman

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Les seconds rôles sont également assurés avec rigueur, notamment Anouk Grinberg. L’actrice incarne bien le profil paradoxal de la mère, parfois responsable et protectrice envers son enfant, parfois encore jeune dans sa tête, la personnalité teintée d’une douce folie. Elle porte en elle une joie adolescente, animée par une relation qui ressemble aux premières amours. Avec Roschzy Dem, Louis Garrel et Noémie Merlant, elle forme un joyeux quatuor, avec deux couples qui s’aiment les uns les autres, et parfois se blessent les uns les autres.

Au niveau des sujets abordés, L’Innocent fait réfléchir à la définition de l’innocence (non, c’est vrai ?), mais aussi à la notion de délit, de notre rapport à la moralité et à la loi, à l’argent et à la réputation. Il nous rappelle aussi à quel point il peut être difficile, pour un ancien prisonnier, de se réinsérer dans la société après avoir purgé sa peine.

L’Innocent est probablement le film le plus audacieux de Louis Garrel en tant que réalisateur. Ici, il y a un véritable lâcher-prise : on sent que le cinéaste s’autorise tout, son film reflète une forme de liberté. Malgré sa légèreté, son long-métrage est bien construit, et comporte une vraie profondeur, dans son propos, le jeu de ses acteurs, et la qualité de sa mise en scène. Nul doute qu’il vous restera longtemps en tête, avec une sensation persistante de béatitude.

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Film présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2022

18 / 20

Fanny BL

Anouk Grinberg et Roschzy Dem © Emmanuelle Firman

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