« Nightmare Alley » : Les monstres adorés de Guillermo del Toro

Ecoutez d’abord ce petit podcast !

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Guillermo del Toro nous a déjà fait frissonner avec Le Labyrinthe de Pan (2006) et Crimson Peak (2015), puis totalement éblouis avec La Forme de l’eau – The Shape of water, chef-d’œuvre du cinéaste mexicain, multirécompensé en 2018. Avec Nightmare Alley, il réussit un nouveau tour de force. Même si ce nouveau film n’arrive pas à la hauteur de son prédécesseur, il cumule de nombreux bons points.

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New-York, début des années 1940. Stanton Carlisle (Bradley Cooper) débarque un peu par hasard dans une foire itinérante, et est embauché comme homme à tout faire par le patron, Clem Hoately (Willem Dafoe). Il se lie avec une voyante, Zeena (Toni Collette), et son mari, Pete (David Strathairn), une ancienne vedette de la fausse télépathie. Stanton décide d’apprendre cette technique, et de l’utiliser pour monter un spectacle et arnaquer les plus aisés. Bien sûr, tout ne se passera pas comme prévu…

Hellboy, le faune, l’homme amphibien… Les « monstres humains » ont toujours passionné Guillermo del Toro, et occupé des rôles importants dans ses films… La preuve avec tous ces premiers rôles. On en trouve un nouveau dès le début de Nightmare Alley : un monstre de foire mi-bête mi-humain, appelé « le crétin » (the geek, en anglais), qui dévore des poulets sous l’œil horrifié et fasciné du public… Un personnage-clé tout au long du film, même s’il s’agira cette fois d’un rôle secondaire.

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Ce monstre, qui évolue dans une ambiance et des décors de cirque au style fête foraine et freak show, rappelle fortement le film Elephant Man, de David Lynch (1981), ou plus récemment The Greatest Showman de Michael Gracey (2018). Guillermo del Toro s’est également inspiré de plusieurs films noirs d’époque, comme Crime passionnel d’Otto Preminger (1945), La Ronde du crime de Don Siegel (1958), ou encore Les Bas-fonds new-yorkais de Samuel Fuller (1961)… Il livre sa propre version du film noir, avec talent, en adaptant le roman Le Charlatan de William Lindsay Gresham, publié en 1946.

Comme toujours dans le cinéma de Guillermo del Toro, l’image est absolument magnifique, avec une photographie léchée, réalisée une fois de plus par Dan Laustsen (il s’agit de leur quatrième collaboration). Le travail remarquable de ce dernier pour La Forme de l’eau lui avait déjà valu une nomination à l’Oscar de la meilleure photographie en 2018.

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A travers cette ambiance sombre et ensorcelante, Nightmare Alley aborde une réflexion sur la société du spectacle et de l’illusion, et nous montre jusqu’où peut aller la jouissance de la misère de l’autre : à l’époque où ce genre de foires étaient encore en vogue, les spectateurs se pressaient pour voir des nains, des femmes-araignées, ou toute autre personne avec une malformation ou une apparence inhabituelle. « Les gens sont prêts à payer cher pour se sentir supérieurs », dira Clem (Willam Dafoe) à Stanton (Bradley Cooper) au début du film. Bien que l’histoire originale n’ait pas été imaginée par Guillermo del Toro lui-même, le scénario, écrit par le réalisateur, est extrêmement bien ficelé, et prend une tournure finale intéressante, avec une morale fascinante sur les coups du sort.

Comme très souvent, Guillermo del Toro utilise un contexte historique fort comme pilier du film : La Forme de l’eau se déroule pendant la guerre froide entre Américains et Soviétiques, en 1962. Dans Nightmare Alley, nous sommes au début des années 1940 aux Etats-Unis, en pleine Seconde Guerre mondiale. L’un de ses prochains films, une nouvelle adaptation animée de Pinocchio, se passe en pleine montée du fascisme dans l’Italie de Mussolini. Ces éléments donnent une dimension plus réaliste à l’ensemble, bien que le fantastique soit tout aussi important dans l’univers du cinéaste.

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Pour incarner le premier rôle : Bradley Cooper, déjà plutôt convaincant en tant qu’acteur, notamment dans Happiness Therapy (2012), Joy (2015) ou encore A Star Is Born (2018), qu’il a aussi réalisé. Mais ici, il crève l’écran, et livre un jeu percutant, depuis l’ouverture du film, où il est quasiment mutique, jusqu’à la scène finale, totalement saisissante. La technique de Bradley Cooper monte d’un cran, et sa carrière entière franchit un cap. Le comédien est entouré de Willem Dafoe, Cate Blanchett, Rooney Mara, Toni Collette, ou encore Ron Perlman… un casting bien garni et tout aussi performant, dirigé d’une main de maître.

Nightmare Alley est nommé aux Oscars 2022 dans quatre catégories : meilleur film, meilleure photographie, meilleurs costumes (Luis Sequeira), et meilleurs décors (Tamara Deverell et Shane Vieau). Si ça ne tenait qu’à L’Oreille Cinéphile, on lui aurait même accordé plus de nominations, notamment à Bradley Cooper pour sa prestation monumentale… mais Benedict Cumberbatch lui a damé le pion (à juste titre) avec son rôle de cowboy sadique dans The Power of the Dog de Jane Campion, grand favori de cette 94ème édition, puisque nommé 12 fois. Quelque chose nous dit que Guillermo del Toro repartira bredouille, car concurrencé par d’autres poids-lourds nommés cette année, comme Dune de Denis Villeneuve ou le West Side Story de Steven Spielberg, mais aussi des blockbusters comme le dernier James Bond… Réponse le 27 mars prochain.

18 / 20

Fanny BL

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Redécouvrez mon podcast sur les monstres humains du cinéma ici

2 commentaires sur “« Nightmare Alley » : Les monstres adorés de Guillermo del Toro

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  1. Ok, I admit it, I had to use google translate! But! I loved that you put the movies Guillermo used as a reference because I had no idea! I’m getting them now 🙂

    I was shocked that there were a lot of people who didn’t like it or even found it boring… for me, it was even more entertaining than The Shape of Water (I guess the drama is already more ingrained in my soul than the romance); And while I’m not thrilled for it to be nominated for Best Picture (let’s admit it, put The Power of the Dog in your pools, it’s going to win!) I’d also give the category to Bradley Cooper. I was surprised as much or more than when Robert Pattinson appeared in The Lighthouse; when many of us forgot that he acts amazingly!

    The aesthetic is beautiful, and the symbolism makes you want to see it once or twice more to catch all those little details that Guillermo clearly hid. I will write these comments in French one day, but today is not that day.

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    1. Hi Marcela! Thank you for the comment, especially about an article in French!
      Oh yeah I really love Guillermo del Toro’s movies (even if I haven’t seen them all).
      I agree, but I still prefer ‘The Shape of Water’, I don’t know, it really moved me somehow. But the atmosphere in ‘Nightmare Alley’ is quite different, except from the monsters, which are the corner stone of del Toro’s work.
      You’re totally right about Bradley Cooper! I never saw ‘The Lighthouse’, but I’d like to, a lot a people gave me good critics about Pattinson’s acting.
      No problem for the comment in French, I’m already so glad! Thanks again 🙂

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